Dans l’univers feutré mais stratégique de la gouvernance, les relations entre États ressemblent souvent à celles entre grandes organisations.
À travers ces lunettes, la stratégie de l’administration Trump envers le Canada révèle moins une doctrine qu’une logique politique où le Canada sert tantôt d’allié utile, tantôt de variable d’ajustement.
Il ne s’agit plus ici d’un débat géopolitique, mais d’une réflexion sur ce que signifie la gouvernance dans le contexte d’un pays voisin influent, imprévisible et profondément transactionnel.
Une gouvernance fondée sur l’instinct, pas sur les institutions
L’un des traits distinctifs de Donald Trump – que les conseils d’administration reconnaissent bien – est la centralisation absolue du pouvoir décisionnel.
Les institutions, qu’elles soient internes ou internationales, deviennent secondaires. On gouverne par intuition, non par cadre stratégique.
Pour le Canada, cela crée un système relationnel instable : les engagements deviennent négociables au jour le jour, les dossiers évoluent selon les cycles politiques américains, la prévisibilité – fondement de la bonne gouvernance – s’effrite.
Les conséquences pour le Canada sont claires : nécessité d’investir davantage dans la gestion du risque diplomatique, et multiplier les scénarios d’atténuation.
Le Canada comme acteur dans une logique de gouvernance transactionnelle
Trump ne conçoit pas la relation Canada–États-Unis comme une alliance stratégique, mais comme une suite de transactions bilatérales. Cette approche rappelle les dirigeants d’entreprise pour qui tout partenariat doit générer un gain immédiat et quantifiable.
Dans cette optique les accords commerciaux deviennent des contrats à renégocier régulièrement, les tarifs douaniers deviennent des leviers, la frontière devient une barrière à monnayer.
Pour les conseils d’administration canadiens, cela sonne comme un rappel :
quand l’environnement devient transactionnel, la gouvernance doit devenir stratégique.
Autrement dit, l’ère du bon voisinage automatique est révolue.
Affaiblir les mécanismes de gouvernance multilatéraux : une stratégie indirecte
Les États-Unis sous Trump cherchent à réduire l’influence des institutions multilatérales qui, historiquement, protègent les États moyens comme le Canada.
OMC paralysée, OTAN fragilisée, accords climatiques attaqués : autant de structures de gouvernance collective affaiblies.
Ce retrait n’est pas anodin. Il renforce la capacité des États-Unis à négocier bilatéralement, il réduit la marge d’action du Canada dans les conflits commerciaux, il fragilise la gouvernance internationale basée sur les règles de droit.
Dans une gouvernance saine, on cherche la stabilité. Dans l’approche trumpienne, l’instabilité est un outil de négociation.
L’usage de la pression pour influencer la gouvernance interne du Canada
Qu’on le veuille ou non, l’administration Trump exerce une forme de pression normative destinée à repositionner le Canada : moins multilatéral, moins environnementaliste, plus aligné sur les priorités américaines.
Ce mécanisme s’apparente à ce que vivent parfois les filiales face à une maison-mère dominante : le centre impose subtilement sa culture, souvent sans le dire ouvertement.
Le Canada se voit ainsi poussé à reconsidérer son autonomie énergétique, ses normes environnementales et sa posture diplomatique.
Pour nos organisations, c’est un rappel :
la gouvernance, c’est aussi la capacité de résister aux pressions externes tout en préservant ses valeurs.
Une politique étrangère guidée par la politique interne : un défi de gouvernance pour le Canada
Les décisions américaines sur le Canada répondent surtout à des impératifs électoraux américains. Le Canada n’est pas un enjeu géopolitique, il est un outil narratif.
Dans une démocratie mature, cela crée une asymétrie qui complique la gouvernance canadienne. Comment planifier stratégiquement quand les décisions du voisin répondent à des cycles électoraux internes ?
Les conseils d’administration ont appris depuis longtemps que :
quand un partenaire est guidé par des impératifs internes changeants, il faut bâtir des structures de résilience.
Cela vaut autant pour les entreprises que pour les nations.
En conclusion : une gouvernance de vigilance, pas de confrontation
L’administration Trump ne poursuit pas une stratégie cohérente envers l’avenir du Canada.
Elle suit plutôt une logique de pouvoir brut, de communication politique et de transactions successives.
Une gouvernance mature ne réagit pas, elle anticipe. Et même lorsqu’un voisin imprévisible occupe la scène, elle conserve son cap, et son calme !
Face à cette dynamique, le Canada doit renforcer ses propres institutions de gouvernance, protéger ses partenariats stratégiques, diversifier ses alliances internationales, moderniser ses infrastructures économiques, énergétiques et militaires, et, surtout, maintenir une vision claire de ses intérêts à long terme.