Le “Board of Peace” de Trump (suite)


Dans un article précédent datée du 22 janvier 2026, je posais une question volontairement provocatrice :

la gouvernance s’efface-t-elle devant la concentration du pouvoir ?

Les développements récents obligent à aller plus loin. La gouvernance ne s’efface pas. Elle est capturée, redéfinie et instrumentalisée.

Avons-nous affaire à une architecture institutionnelle… ou à un simulacre sophistiqué ?

Le “Board of Peace” s’est installé dans le paysage international avec une rapidité remarquable. Adossé à une résolution du Conseil de sécurité, doté d’un mandat opérationnel, financé à hauteur de milliards de dollars, il présente tous les attributs d’une organisation internationale.

Mais, cette apparence masque une réalité beaucoup plus dérangeante. Tous les pouvoirs sont concentrés entre les mains d’un seul individu : Donald Trump.

Selon la réglementation de la Charte du conseil, il fixe l’agenda, tranche les décisions, contrôle les budgets, nomme les membres, peut modifier ou dissoudre l’organisation. Il choisit même son successeur.

Autrement dit le président Trump cumule les fonctions de président du conseil, de chef de direction… et d’autorité souveraine. 

Nous ne sommes plus dans une saine gouvernance. Nous sommes dans une fusion des pouvoirs, sans précédent dans une structure dite internationale : une illusion de collégialité.

À première vue, un Executive Board existe. Il réunit des figures proches du président : Marco Rubio, Jared Kushner, Steve Witkoff, Tony Blair, Marc Rowan, Ajay Banga, etc.

Mais, cette collégialité est trompeuse…

Les membres sont nommés par le président. Leurs décisions sont subordonnées à son principe de « direction and control ». Leur mandat peut être modifié ou interrompu unilatéralement.

En gouvernance classique, cela correspondrait à un conseil d’administration… dont tous les administrateurs seraient choisis, contrôlés et potentiellement révoqués par le président/PDG.

Autrement dit :

un conseil sans indépendance n’est pas un conseil d’administration normal, c’est un prolongement du pouvoir exécutif.

De plus, on assiste à une financiarisation éhontée du pouvoir institutionnel. En effet, l’un des éléments les plus troublants, et les moins commentés, est la logique d’accès.

On demande une contribution de 1 milliard $ pour obtenir un siège permanent. Les engagements financiers sont flous et l’accès aux fonds est contrôlé par le président et son cercle désigné.

La gouvernance devient ici conditionnelle à la capacité de payer. Nous assistons à une transformation majeure :

du principe “une entité, une voix” vers “un milliard, une voix”.

Cette dérive pose trois risques fondamentaux : la capture par des intérêts financiers, la dilution de la légitimité institutionnelle et l’opacité dans l’allocation des ressources.

L’opacité financière est préoccupante. Les inquiétudes ne sont plus théoriques. Des critiques politiques et institutionnels évoquent des mécanismes de financement opaques et un manque de traçabilité des fonds.

Selon Reuters, certains responsables américains ont même évoqué l’hypothèse d’un “fonds occulte” potentiel lié au Board.

Ajoutons à cela des engagements de 17 milliards… pour des besoins estimés à 70 milliards, des donateurs incertains sur l’usage réel des fonds. En gouvernance financière, cela constitue un signal d’alerte majeur.

Mais, la faille la plus grave est probablement une exclusion des parties prenantes clés : aucune représentation palestinienne réelle au sein du Board, un rôle purement technique pour les acteurs locaux, des décisions prises à l’extérieur du territoire concerné.

L’histoire des interventions internationales est pourtant claire :

les dispositifs qui excluent les parties prenantes échouent ou génèrent des conflits durables. 

Ici, le risque est considérable : inefficacité opérationnelle, perte totale de légitimité politique, notamment le rejet ou le retrait de plusieurs grandes démocraties (Europe, Canada, etc.), inquiétudes quant à la compatibilité avec la Charte de l’ONU, crainte d’un système parallèle au multilatéralisme.

Certains États parlent même d’un “contre-modèle” aux institutions internationales existantes.

Ce point est essentiel : il s’agit d’une efficacité réelle… mais dangereusement instable

une gouvernance sans reconnaissance des pairs devient rapidement un pouvoir isolé.

Soyons néanmoins lucides : le Board produit des résultats dont un plan structuré de désarmement, une mobilisation rapide de ressources et une capacité d’imposer une direction opérationnelle.  

Mais cette efficacité repose sur une autorité unique, une structure non pérenne et une légitimité contestée.

En gouvernance, ce type de modèle est bien connu : il est performant… jusqu’au moment où il s’effondre brutalement.

Si l’on fait une lecture globale, le Board of Peace n’est pas une anomalie. Il est le symptôme d’une transformation plus large : le passage d’une gouvernance institutionnelle à une gouvernance personnalisée, puis à une architecture du pouvoir centralisé.

Ses caractéristiques sont la personnalisation extrême, la financiarisation de la participation, l’affaiblissement des contre-pouvoirs et l’instrumentalisation des structures.

Conclusion

Nous devons accepter une réalité inconfortable :

ce modèle n’est pas inefficace, il est simplement dangereux.

Et la vraie question devient :

Peut-on construire la paix avec une structure qui reproduit précisément ce que la gouvernance moderne cherche à éviter : la concentration du pouvoir, l’opacité et l’exclusion ?

Et cela, l’histoire nous l’a appris, ne dure jamais très longtemps.

Peut-être assistons-nous, en réalité, à une expérimentation à grande échelle, non pas de la gouvernance de la paix… mais de la paix gouvernée par le pouvoir.

Et vous, avez-vous des interrogations sur cette conception de la gouvernance autocratique ?