Le courage, une qualité du cœur | Une réflexion de René Villemure


Cette semaine, nous renouons avec notre habitude de collaboration avec des experts avisés en matière de gouvernance et d’éthique. Ainsi, à l’occasion du colloque du réseau d’éthique organisationnel du Québec (RÉOQ) intitulé « Vivre l’éthique au quotidien dans son organisation : entre le rêve et la réalité », j’ai demandé à René Villemure*, conférencier d’honneur du colloque, d’agir à titre d’auteur invité sur mon blogue, et de jeter un regard philosophique sur une réalité avec laquelle tout administrateur et tout gestionnaire est confronté : le courage.

En tant qu’administrateur de société, faire preuve de courage, c’est de poser les bonnes questions, en temps opportun, et en lien avec nos valeurs profondes.

Voici donc la réflexion que nous livre René Villemure à ce sujet. Vous pouvez visiter son site à www.ethique.net pour mieux connaître ses champs d’intérêt et consulter ses nombreux bulletins réflexifs.

Vos commentaires sont appréciés. Bonne lecture !

 

Le courage, une qualité du cœur

par René Villemure*

 

Le courage c’est l’exception, c’est automatiquement la solitude ; quel vide autour du courage ! — Jean Giono

 

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Tant dans la direction des entreprises que lors de conseils d’administration, on parle peu de courage, sinon que pour citer ce vague courage managérial qui, au fond, ne signifie, au mieux, que l’on fera les choix qui doivent être faits afin de faire son boulot comme attendu.

Si un mot est la construction d’un son et d’un sens, il semblerait que le courage ne soit devenu qu’un son sans le sens, c’est-à-dire que l’on reconnaît le mot lorsqu’on l’entend, lorsque certains l’évoquent, mais que, au fond, personne ne sait réellement ce en quoi il consiste.

On aura beau créer des formations universitaires en gouvernance, en administration des affaires ou en management, le courage n’est pas une valeur qui se codifie ou qui s’enseigne.

Le courage ne consiste pas à faire son travail tel qu’on l’attend de vous, ce qui n’est que compétence. Non, le courage est une qualité du cœur qui porte à réfléchir et à agir contre la facilité, avec sagesse, dans des circonstances difficiles. Le courage n’existe pas en théorie, il ne peut se démontrer que dans l’action.

Tout comme l’éthique, le courage exige un peu moins de soi et un peu plus des autres. La personne courageuse mettra de côté son intérêt personnel à court terme en vue de réaliser la raison d’être de l’entreprise.

Dans la conduite des affaires, combien de personnes, devant l’adversité, préféreront détourner le regard, se voiler les yeux, ou dire que cela ne me regarde pas ? Combien préféreront la facilité ? Combien diront que c’est imposé et que je n’ai pas le choix ?

Il importe de savoir que le courage ne signifie pas l’absence de peur ; la personne courageuse peut avoir peur dans des circonstances difficiles. Toutefois, la personne courageuse mesurera le danger, évaluera les actions qui peuvent être entreprises, surmontera sa peur et fera ce qui peut être fait dans les circonstances. Le courage se distingue de la témérité, qui n’est après tout que de foncer sans réfléchir. La témérité n’est qu’un excès de courage — sans-réflexion.

Comme dirigeants, comme administrateurs, vous avez toujours le choix. Vous avez d’ailleurs été nommés afin d’exercer ce choix. La question n’est donc pas de savoir si vous avez ou non le choix, mais, plutôt, si vous aurez le courage d’exercer ce choix. Pour le dire autrement : aurez-vous assez de cœur afin de faire ce qui doit être fait ?

Malheureusement, l’observation de la vie des organisations nous offre de [trop] nombreux exemples où plusieurs ont préféré le confort au courage. Confort, c’est un joli mot, mais en réalité, ce confort n’est que lâcheté qui n’ose dire son nom. Certes, lâcheté, c’est moins joli, mais c’est plus exact.

Lorsque l’on y pense un instant, sans courage, on devient sans-cœur.

Dans une société qui change rapidement, on a plus besoin de modèles et de héros que de mercenaires à la fidélité douteuse. C’est pourquoi, dans la conduite des affaires, il convient de réhabiliter le courage, de comprendre sa distinction d’avec la témérité et d’agir de manière juste.

Avec courage.

Avec cœur.

Si le courage mène à l’héroïsme, le manque de courage mène au cynisme.


*René Villemure est Éthicien et Chasseur de tendances. Il a fondé l’Institut québécois d’éthique appliquée en 1998 et Éthikos en 2003. Il a été le premier éthicien au Canada à s’intéresser à la gestion éthique des organisations à l’époque où personne ne connaissait les termes « gouvernance », « responsabilité sociétale des entreprises », « développement durable » et « gestion éthique ». Il croyait que ces sujets étaient cruciaux, fondamentaux, incontournables, et ne devaient pas demeurer dans l’ombre ou le privilège de quelques experts et éthiciens d’occasion.

Éthicien depuis 1998, son point de vue est recherché par les gouvernements et les dirigeants de grandes sociétés publiques et privées tant en Amérique qu’en Europe et en Afrique. Il a, à ce jour, prononcé plus de 675 conférences et formé plus de 65 000 personnes, autour du monde, dans plus de 700 organisations puis a participé à plus de 375 entrevues dans les médias francophones et anglophones. Ses interventions sur l’éthique touchent des domaines aussi variés que le monde de l’entreprise, la santé, l’éducation, l’industrie du luxe, l’agroalimentaire, les relations internationales que la culture ou encore l’intelligence artificielle.

Visionnaire, il invente dès 1998 les concepts de Diagnostic éthique ©, de Modèle de gestion éthique © et signe la conception de la méthode Éthique et valeurs © puis, en 2014, il crée BoardEthics qui mesure la compréhension et la sensibilité éthique de membres de conseils d’administration et de la haute direction. Depuis 2009, il enseigne la Gouvernance éthique au Collège des administrateurs de sociétés de l’Université Laval. Il offre également des séminaires éthiques à l’Institut Français des Administrateurs (IFA) à Paris.

Auteur : Gouvernance des entreprises | Jacques Grisé

Ce blogue fait l’inventaire des documents les plus pertinents et récents en gouvernance des entreprises. La sélection des billets, « posts », est le résultat d’une veille assidue des articles de revue, des blogues et sites web dans le domaine de la gouvernance, des publications scientifiques et professionnelles, des études et autres rapports portant sur la gouvernance des sociétés, au Canada et dans d’autres pays, notamment aux États-Unis, au Royaume-Uni, en France, en Europe, et en Australie. Chaque jour, je fais un choix parmi l’ensemble des publications récentes et pertinentes et je commente brièvement la publication. L’objectif de ce blogue est d’être la référence en matière de documentation en gouvernance dans le monde francophone, en fournissant au lecteur une mine de renseignements récents (les billets quotidiens) ainsi qu’un outil de recherche simple et facile à utiliser pour répertorier les publications en fonction des catégories les plus pertinentes. Jacques Grisé est professeur titulaire retraité (associé) du département de management de la Faculté des sciences de l’administration de l’Université Laval. Il est détenteur d’un Ph.D. de la Ivy Business School (University of Western Ontario), d’une Licence spécialisée en administration des entreprises (Université de Louvain en Belgique) et d’un B.Sc.Comm. (HEC, Montréal). En 1993, il a effectué des études post-doctorales à l’University of South Carolina, Columbia, S.C. dans le cadre du Faculty Development in International Business Program. Il a été directeur des programmes de formation en gouvernance du Collège des administrateurs de sociétés (CAS) de 2006 à 2012. Il est maintenant collaborateur spécial au CAS. Il a été président de l’ordre des administrateurs agréés du Québec de 2015 à 2017. Jacques Grisé a été activement impliqué dans diverses organisations et a été membre de plusieurs comités et conseils d'administration reliés à ses fonctions : Professeur de management de l'Université Laval (depuis 1968), Directeur du département de management (13 ans), Directeur d'ensemble des programmes de premier cycle en administration (6 ans), Maire de la Municipalité de Ste-Pétronille, I.O. (1993-2009), Préfet adjoint de la MRC l’Île d’Orléans (1996-2009). Il est présentement impliqué dans les organismes suivants : membre de l'Ordre des administrateurs agréés du Québec (OAAQ), membre du Comité des Prix et Distinctions de l'Université Laval. Il préside les organisations suivantes : Société Musique de chambre à Ste-Pétronille Inc. (depuis 1989), Groupe Sommet Inc. (depuis 1986). Jacques Grisé possède également une expérience de 3 ans en gestion internationale, ayant agi comme directeur de projet en Algérie et aux Philippines de 1977-1980 (dans le cadre d'un congé sans solde de l'Université Laval). Il est le Lauréat 2007 du Prix Mérite du Conseil interprofessionnel du Québec (CIQ) et Fellow Adm.A. En 2012, il reçoit la distinction Hommage aux Bâtisseurs du CAS. Spécialités : Le professeur Grisé est l'auteur d’une soixantaine d’articles à caractère scientifique ou professionnel. Ses intérêts de recherche touchent principalement la gouvernance des sociétés, les comportements dans les organisations, la gestion des ressources humaines, les stratégies de changement organisationnel, le processus de consultation, le design organisationnel, la gestion de programmes de formation, notamment ceux destinés à des hauts dirigeants et à des membres de conseil d'administration.

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